Attention plante méchante !
04 juil. 2026Ce type ressemble vraiment à de la nourriture pour plantes à mes yeux.
Seymour Krelborn interprété par Rick Moranis | La Petite Boutique des horreurs
La Petite Boutique des horreurs de Frank Oz (1986).
Stray Dogs: Dog Days #2 de Forstner et Fleecs (Couverture bis de John Doyle).
Dans le comic book Stray Dogs: Dog Days #2 (Forstner et Fleecs • Image Comics) le cover artist John Doyle parodie l'affiche du film La Petite Boutique des horreurs de Frank Oz sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, la plante mue en Gucci, Seymour Krelborn (Rick Moranis) est remplacé par Aldo, Audrey (Ellen Greene) devient Sophie, Mushnik (Vincent Gardenia) se transforme en Earl, Orin Scrivello (Steve Martin) mute en Rusty.
Si vous pensiez que votre ficus était exigeant parce qu'il jaunit au moindre courant d'air, préparez-vous à relativiser. En 1986, Frank Oz a donné vie à la plante la plus charismatique et la plus terrifiante de l'histoire du septième art. Sorti le 19 décembre 1986 aux Etats-Unis, La Petite Boutique des horreurs (Little Shop of Horrors en VO) est une curiosité fascinante qui parvient à marier la mélancolie des harmonies vocales des années 60 avec l'horreur pure d'une plante carnivore venue de l'espace. Entre humour noir, chansons entêtantes et prouesses techniques, replongeons dans les coulisses d'un film qui n'aurait jamais dû fonctionner sur le papier, et qui pourtant est devenu un classique.
Tout commence avec un film de série B tourné en seulement deux jours par Roger Corman en 1960. Ce petit film fauché, devenu célèbre pour une brève apparition de Jack Nicholson, est ensuite adapté en comédie musicale "off-Broadway" par Howard Ashman et Alan Menken au début des années 80. Le succès sur les planches est tel que Hollywood décide d'en faire une superproduction. C'est un pari risqué car transformer une pièce de théâtre intimiste en un film à gros budget avec une plante géante exigeait une vision très précise pour ne pas tomber dans le ridicule complet.
Dans le quartier le plus miteux de New York, Skid Row, se trouve une modeste boutique de fleurs. Les affaires vont mal et Mr. Mushnik (Vincent Gardenia), la mort dans l'âme, décide de fermer son magasin. C'est alors que Seymour (Rick Moranis), son employé, met en vitrine une fleur exotique achetée à un fleuriste chinois.
AlloCiné | La Petite Boutique des horreurs
Le choix du réalisateur s'est porté sur Frank Oz, un nom qui rassurait les studios autant qu'il excitait les amateurs de marionnettes. Oz n'était pas seulement le réalisateur de Dark Crystal, il était aussi la voix et la main derrière Yoda et Miss Piggy. Sa maîtrise de la manipulation d'objets inanimés était la garantie que la plante serait un personnage à part entière et non un simple accessoire en plastique. Pour le casting, la production a misé sur Rick Moranis, parfait en antihéros maladroit et touchant, et Ellen Greene, qui reprenait son rôle iconique d'Audrey créé sur scène. Le film s'offre également des apparitions mémorables, notamment un Steve Martin absolument déchaîné en dentiste sadique et un Bill Murray hilarant en patient masochiste.
Frank Oz opte pour une esthétique délibérément artificielle, rappelant les décors de théâtre mais avec une profondeur cinématographique. La photographie utilise des couleurs saturées qui contrastent avec la grisaille du quartier de Skid Row, soulignant l'aspect conte de fées macabre. La direction d'acteurs est volontairement stylisée, presque cartoonesque, ce qui permet de faire passer les moments les plus sombres de l'intrigue avec une légèreté bienvenue.
L'analyse technique du film ne serait pas complète sans mentionner le travail titanesque sur Audrey II. A une époque où le numérique n'existait pas, la plante était une marionnette animatronique de plusieurs tonnes nécessitant des dizaines de techniciens pour bouger chaque liane et coordonner les mouvements de la bouche. Pour que la synchronisation labiale soit parfaite lors des chansons, Frank Oz a dû filmer les scènes avec la plante au ralenti, obligeant Rick Moranis à jouer et chanter ses répliques de manière extrêmement lente pour qu'elles paraissent naturelles une fois projetées à vitesse normale. C'est une prouesse d'ingénierie qui, aujourd'hui encore, surpasse visuellement bien des effets numériques modernes.
La musique, composée par le duo Menken et Ashman, constitue le cœur battant de l'œuvre. Avant de redonner vie aux classiques Disney comme La Petite Sirène ou La Belle et la Bête, le duo a infusé ce film d'une énergie rock et soul. Les chansons ne servent pas seulement de divertissement, elles font avancer l'intrigue et approfondissent la psychologie des personnages. On ne peut s'empêcher de fredonner le thème principal ou de frissonner devant la puissance vocale de Levi Stubbs, qui prête sa voix grave et soul à la plante carnivore, lui conférant une menace constante mêlée d'un humour cynique.
Le film est également célèbre pour son histoire de fin alternative, une anecdote de tournage qui a longtemps hanté les cinéphiles. A l'origine, Frank Oz avait filmé une conclusion fidèle à la pièce de théâtre, où la plante gagne, dévore les héros et finit par envahir New York dans une séquence apocalyptique spectaculaire. Cependant, lors des projections tests, le public a été si traumatisé de voir les personnages attachants mourir que le studio a exigé un "happy end". Cette fin originale, bien plus sombre et grandiose, a été perdue pendant des années avant d'être restaurée et rendue disponible pour les fans dans les éditions récentes, changeant radicalement la perception globale du film.
A sa sortie, l'accueil critique fut globalement positif, saluant l'originalité du concept et la performance des acteurs. Bien qu'il n'ait pas été un immense carton immédiat au box-office, le film a trouvé une seconde vie éclatante grâce à la vidéo et aux diffusions télévisées, devenant un objet de culte pour toute une génération. Aujourd'hui, il est considéré comme l'une des meilleures adaptations de comédie musicale au cinéma.
##003126##C'est vrai ! Je l'ai découpé en morceaux. Mais je ne l'ai pas tué !
Seymour Krelborn interprété par Rick Moranis | La Petite Boutique des horreurs