La toile d'Avi
14 août 2026Un bon comics doit être la métaphore des angoisses de son époque.
Avi Arad
Dans le comic book Ultimate Spider-Man #54 - "Hollywood" (Bagley et Bendis • Marvel) Mark Bagley croque Avi Arad dans son propre rôle de producteur du film Spider-Man. Dans cette histoire, le "vrai" Peter Parker alias Spider-Man se pointe sur le tournage du film et exprime son mécontentement à Sam Raimi et à Avi Arad sur le fait qu'on exploite son image sans son consentement.
(L'image est tirée de la planche 5, case 3).
Avi Arad (1948) est un producteur et homme d'affaires israélo-américain. Si vous avez regardé un film de super-héros ces vingt-cinq dernières années, il y a de fortes chances pour que vous ayez vu son nom défiler au générique.Arad est l'une des figures les plus influentes, les plus adorées et parfois les plus contestées d'Hollywood. Pour certains, il est le sauveur messianique qui a extirpé Marvel de la faillite dans les années quatre-vingt-dix. Pour d'autres, il est ce producteur un brin envahissant qui a imposé Venom dans un film de Sam Raimi qui n'en demandait pas tant. En réalité, l'homme est un habile mélange de visionnaire commercial et de grand enfant passionné, dont la vie ressemble à un scénario de bande dessinée.
Né en Israël juste après la Seconde Guerre mondiale, le jeune Avi grandit en dévorant des comics traduits en hébreu, développant très tôt une fascination pour l'imaginaire américain. Après avoir immigré aux Etats-Unis, il commence sa carrière non pas dans les studios de cinéma, mais dans les usines de jouets. C'est là que réside le premier grand secret de sa réussite. Pour Avi Arad, un bon personnage est avant tout un personnage qui donne envie d'être manipulé, collectionné et exposé sur une étagère. En devenant le patron de la mythique entreprise Toy Biz, il comprend avant tout le monde que le plastique et le celluloïd sont les deux faces d'une même pièce d'or.
Au milieu des années quatre-vingt-dix, l'empire Marvel est au bord du gouffre financier, victime d'une bulle spéculative qui éclate violemment. C'est à ce moment précis qu'Avi Arad réalise son coup de maître politique et financier. En fusionnant Toy Biz avec Marvel pour en prendre le contrôle, il extirpe la maison des idées du tribunal des faillites. Son plan de sauvetage est d'une simplicité désarmante: vendre les droits d'adaptation des personnages phares aux plus grands studios de cinéma d'Hollywood. C'est ainsi que Blade atterrit chez New Line, les X-Men chez la Fox, et Spider-Man chez Sony. En quelques années, le pari est gagné, et le grand public redécouvre ces héros que l'on croyait réservés aux lecteurs.
Le début des années deux mille consacre Avi Arad comme le parrain de la première grande vague de films de super-héros. Il supervise les premiers pas de Hugh Jackman en Wolverine et accompagne Sam Raimi dans sa trilogie fondatrice sur l'homme-araignée. Sans l'audace et l'énergie d'Arad à cette époque, le cinéma contemporain n'aurait tout simplement pas le même visage, et le genre super-héroïque serait peut-être resté une curiosité passagère. Cependant, cette méthode de producteur très impliqué artistiquement va rapidement révéler ses limites face aux aspirations des réalisateurs et des fans de la première heure.
C'est sur le tournage de Spider-Man 3 que la lune de miel commence à s'effriter. Convaincu que les adolescents ne jurent que par les figurines de Venom, Avi Arad force un Sam Raimi réticent à intégrer le symbiote extraterrestre dans un scénario déjà bien chargé. Le résultat donne un film hybride, certes lucratif, mais artistiquement bancal, qui précipitera la fin de la franchise. Peu après, alors qu'un jeune collaborateur nommé Kevin Feige commence à imaginer un univers cinématographique interconnecté, Avi Arad préfère quitter la présidence de Marvel Studios pour voler de ses propres ailes avec sa structure indépendante, tout en conservant un contrôle jaloux sur les droits de Spider-Man avec son partenaire Sony.
La suite de sa carrière oscille entre le génie pur et le naufrage industriel, illustrant parfaitement la dualité du personnage. D'un côté, nous lui devons le chef-d'œuvre d'animation oscarisé Spider-Man: New Generation, un projet visuellement révolutionnaire qu'il a soutenu envers et contre tout. De l'autre, son obsession à vouloir créer un univers étendu autour des ennemis de l'homme-araignée nous a offert des curiosités cinématographiques comme Morbius ou Madame Web. Ces œuvres, devenues des mèmes mémorables sur les réseaux sociaux, rappellent parfois douloureusement l'époque où les films de super-héros étaient de simples véhicules publicitaires pour vendre des produits dérivés.
Aujourd'hui, alors qu'il s'attaque à l'adaptation sur grand écran de la légendaire franchise de jeux vidéo The Legend of Zelda, Avi Arad continue de diviser. On peut regretter ses choix artistiques parfois mercantiles ou sa tendance à tirer la couverture à lui lors des cérémonies de récompenses. On ne peut en revanche lui enlever son flair historique et sa résilience. Avi Arad reste le gamin de Tel-Aviv qui croyait au pouvoir des jouets et des héros de papier, à une époque où le tout-Hollywood considérait les comics comme une sous-culture pour adolescents attardés. Pour cela, la pop culture lui doit toujours une fière chandelle.
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Avi Arad
Et c'est malheureusement un véritable problème.