Crossrruption
26 avr. 2026Si j'entends des coups de feu, je ne mettrai qu'un couvert !
Françoise interprétée par Mireille Darc |Mort d'un pourri
Mort d'un pourri de Georges Lautner (1977).
Tyler Cross - Vintage and Badass de Brüno et Fabien Nury (Page 117).
Dans le hors-série Vintage and Badass: Le cinéma de Tyler Cross (Brüno et Nury • Dargaud) Brüno Thielleux parodie l'affiche du film Mort d'un pourri de Georges Lautner sur une des planches de sa BD. Ici, on reconnaît bien Xavier 'Xav' Maréchal interprété par Alain Delon, le tout à la sauce Tyler Cross.
Sorti sur les écrans français le 7 décembre 1977, Mort d'un pourri n'est pas qu'un simple polar de plus dans la filmographie d'Alain Delon. C'est un film de rupture, une œuvre sombre et désenchantée qui capture l'air du temps d'une France post-gaulliste en pleine mutation. Entre les scandales politiques et la fin de l'insouciance des Trente Glorieuses, Georges Lautner signe ici l'un de ses films les plus sérieux, loin de la déconnade des Tontons Flingueurs, mais avec une efficacité redoutable.
La genèse du projet est intimement liée à la volonté d'Alain Delon de s'imposer comme un producteur de poids. L'acteur, qui vient de connaître quelques succès en demi-teinte, cherche un sujet fort et s'arrête sur le roman éponyme de Raf Vallet. Le livre est une plongée brutale dans la corruption, et Delon y voit le véhicule parfait pour incarner Xavier Maréchal, un homme de principe perdu dans un panier de crabes. Le projet met cependant du temps à se concrétiser car il faut naviguer entre les exigences de l'acteur-star et la nécessité de trouver un ton qui ne soit pas simplement celui d'un film d'action basique.
Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye (Maurice Ronet), Xavier Maréchal (Alain Delon) rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.
AlloCiné | Mortt d'un pourri
Le scénario, co-signé par Michel Audiard, est un petit chef-d'œuvre d'équilibre. Si l'on connaît Audiard pour ses saillies verbales humoristiques, il livre ici une partition beaucoup plus sèche et politique.
Le choix du réalisateur a pu surprendre à l'époque. Georges Lautner était alors étiqueté comme le roi de la comédie policière parodique. Pourtant, Delon insiste pour l'avoir derrière la caméra. Ce choix s'avère brillant: Lautner apporte une fluidité et un sens du rythme qui empêchent le film de sombrer dans le pur exposé politique pesant. Le casting réunit la crème de la crème de l'époque. Maurice Ronet, l'éternel complice de Delon depuis Plein Soleil, joue l'ami condamné, tandis que Jean Bouise et Michel Aumont campent des figures de l'ombre absolument délicieuses de cynisme. On croise même une jeune Ornella Muti, apportant une touche de grâce dans ce monde de brutes.
Sur le plan du style et de la mise en scène, Lautner opte pour une approche quasi crépusculaire. La photographie de Henri Decaë, grand nom de la Nouvelle Vague, privilégie les ambiances nocturnes et les teintes froides, soulignant la solitude du personnage principal dans un Paris pluvieux. La direction d'acteurs est sobre. Delon, particulièrement, livre une prestation tout en retenue, loin de ses tics de "samouraï" habituels. Il incarne une force tranquille mais fatiguée, un homme qui sait que le combat est perdu d'avance mais qui continue par principe.
On ne peut pas parler de ce film sans évoquer sa musique, véritable personnage à part entière. Le compositeur Philippe Sarde livre l'une de ses plus belles partitions, sublimée par le saxophone de Stan Getz. Le thème principal, mélancolique et lancinant, colle parfaitement à l'errance de Maréchal. Sarde a raconté plus tard qu'il voulait une musique qui "pleure" sur la fin d'un monde, et l'alchimie entre les notes de jazz et les images de Lautner crée une atmosphère unique dans le cinéma français de cette décennie.
Le tournage n'a pas manqué d'anecdotes, notamment sur la relation entre Delon et Lautner. Si l'acteur était réputé difficile, il a manifesté un immense respect pour le réalisateur, se laissant diriger avec une docilité rare. Pour la scène finale, particulièrement tendue, Lautner craignait que l'aspect politique ne prenne le dessus sur l'émotion. Il a donc demandé à Audiard de couper les répliques trop explicatives pour laisser place au silence et aux regards, prouvant que le "pourri" du titre n'était pas forcément celui qu'on croyait.
A sa sortie, l'accueil critique est plutôt positif, bien que certains puristes de la politique aient reproché au film son côté un peu trop "spectacle". Le public, lui, répond présent avec plus de 2,4 millions d'entrées. Au fil des années, le statut du film a grandi auprès des cinéphiles. On le considère aujourd'hui comme le sommet de la collaboration Delon-Lautner-Audiard. Son influence est visible dans les polars contemporains qui traitent des liens troubles entre haute finance et pouvoir. Pour les fans, Mort d'un pourri reste le témoignage d'une époque où le cinéma populaire savait être intelligent, sombre et superbement orchestré, sans jamais oublier de divertir son spectateur.
##003057##Les psychiatres diront que vous êtes un illuminé, un paranoïaque, mais aucun ne dira ce que vous êtes vraiment parce que le mot sonne mal dans un prétoire. La vérité, c'est que vous êtes con, Moreau. Oh, rassurez-vous, il y en a d'historiques...
Xavier Maréchal interprété par Alain Delon | Mort d'un pourri