La foudre change de main
10 juin 2026Seuls les plus purs des cœurs résistent aux tentations que ses péchés suscitent
Le sorcier interprété par Djimon Hounsou | Shazam!
Shazam! de David F. Sandberg (2019).
DCeased: Dead Planet #6 d'Hairsine et Taylor (Couverture bis de Ben Oliver).
Dans le comic book DCeased: Dead Planet #6 (Hairsine et Taylor • DC Comics) le cover artist Ben Oliver parodie l'affiche du film Shazam! de David F. Sandberg sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, William 'Billy' Batson alias Shazam interprété par Zachary Levi est remplacé par Mary Batson alias Mary Marvel.
Le 5 avril 2019, les salles de cinéma américaines accueillaient un super-héros pas tout à fait comme les autres. Alors que l'univers cinématographique DC semblait jusqu'ici coincé dans une phase sombre sous l'égide de Zack Snyder (ce qui au passage m'allait très bien, mais à priori, ce n'était pas l'avis de tous !), Shazam! est arrivé comme une bouffée d'oxygène, ou plutôt comme un éclair de génie un peu potache. Réalisé par David F. Sandberg, ce film propose une approche rafraîchissante du mythe du super-héros en posant une question que tout gamin s'est un jour posée: que feriez-vous si, d'un simple mot, vous pouviez obtenir la force de Superman et le corps d'un dieu grec, tout en gardant votre cerveau de quatorze ans ?
La genèse du projet remonte à bien plus loin que ce que l'on pourrait imaginer. Pendant des décennies, le personnage de Billy Batson, autrefois connu sous le nom de Captain Marvel avant que des imbroglios juridiques ne donnent l'avantage à Marvel, a erré dans les couloirs du développement à Hollywood. Le projet a véritablement pris son envol lorsque Warner Bros a décidé de s'éloigner de la quête de gravité absolue pour embrasser le côté "lumineux" et familial du catalogue DC. L'idée était de s'inspirer de l'arc narratif des New 52 de Geoff Johns, tout en injectant une dose massive de nostalgie pour les films Amblin des années 80, transformant ce qui aurait pu être un simple film d'action en un véritable conte moderne sur la famille.
On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi... il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson (Asher Angel), gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d'accueil, il suffit de crier "Shazam !" pour se transformer en super-héros.
Ado dans un corps d'adulte sculpté à la perfection, Shazam (Zachary Levi) s'éclate avec ses tout nouveaux superpouvoirs. Est-il capable de voler ? De voir à travers n'importe quel type de matière ? De faire jaillir la foudre de ses mains ? Et de sauter son examen de sciences sociales ? Shazam repousse les limites de ses facultés avec l'insouciance d'un enfant. Mais il lui faudra maîtriser rapidement ses pouvoirs pour combattre les forces des ténèbres du Dr Thaddeus Sivana...AlloCiné | Shazam!
Le scénario de Henry Gayden parvient à équilibrer avec une certaine agilité l'humour pur et une profondeur émotionnelle inattendue. Le récit ne se contente pas de montrer des bastons dans le ciel de Philadelphie; il explore avec justesse la solitude de l'enfance et la définition de ce qu'est une "vraie" famille. Face à lui, le Dr Sivana incarne un antagoniste classique mais efficace, dont les motivations puisent dans un sentiment de rejet paternel qui fait écho à la propre quête de Billy, offrant ainsi un miroir sombre au héros.
Le choix du réalisateur a pu surprendre au départ. David F. Sandberg venait du monde de l'horreur pure avec des succès comme Dans le noir ou Annabelle 2. Pourtant, c'est précisément ce bagage qui a permis au film de ne pas sombrer dans la niaiserie. Sandberg apporte une rigueur technique et une capacité à gérer la tension qui servent les scènes avec les Sept Péchés Capitaux, dont le design frôle parfois le cauchemardesque. Son sens du timing comique, déjà aperçu dans ses courts-métrages sur YouTube, s'est révélé être l'outil parfait pour diriger Zachary Levi. Ce dernier livre d'ailleurs une performance jubilatoire, parvenant à nous faire croire sans effort qu'il est un enfant coincé dans un corps de colosse. Asher Angel, dans le rôle de Billy jeune, apporte la nuance et la mélancolie nécessaires pour ancrer le film dans le réel.
Sur le plan de la mise en scène, Sandberg opte pour une approche visuelle claire et lisible, loin des découpages épileptiques de certains blockbusters actuels. La photographie de Maxime Alexandre joue sur des contrastes intéressants, opposant les couleurs primaires et éclatantes du costume de Shazam aux teintes plus froides et urbaines de la ville de Philadelphie en plein hiver. Si les effets visuels sont parfois inégaux, notamment lors des combats finaux un peu chargés en images de synthèse, la direction d'acteurs sauve l'ensemble. La dynamique entre Zachary Levi et Jack Dylan Grazer, qui joue Freddy Freeman, constitue le cœur battant du film et offre les moments les plus drôles et les plus touchants de l'aventure.
La musique de Benjamin Wallfisch participe également à cette identité hybride. Le compositeur délaisse les textures synthétiques modernes pour une partition orchestrale très "héroïque" qui rappelle les travaux de John Williams sur le premier Superman.
Le tournage n'a pas manqué d'anecdotes savoureuses, notamment autour du fameux costume de Shazam. Zachary Levi a dû passer des heures à s'entraîner pour remplir la combinaison, bien que celle-ci comportait des rembourrages musculaires intégrés qui ont fait couler beaucoup d'encre sur les réseaux sociaux avant la sortie. Pour l'anecdote, le réalisateur a dû faire preuve d'ingéniosité pour dissimuler le fait que le tournage se déroulait à Toronto alors que l'action est censée se situer à Philadelphie, utilisant des éléments de décor typiques pour tromper l'œil du spectateur averti. On notera aussi que Sandberg a glissé de nombreux clins d'œil à son passé dans l'horreur, notamment avec une apparition discrète de la poupée Annabelle dans un prêteur sur gages.
A sa sortie, Shazam! a reçu un accueil critique globalement positif, les journalistes saluant la fraîcheur et l'humour du film. S'il n'a pas atteint les sommets du box-office mondial comme un Aquaman, son succès commercial a été jugé solide au vu de son budget plus modeste.
##003102##T'as carrément fait l'inverse de ce qu'un super héros est censé faire.
Billy Batson interprété par Asher Angel | Shazam!