Le paradoxe de la perfection, c'est qu'on ne l'atteint jamais, même quand on croit pouvoir la toucher du doigt, elle est toujours inaccessible.

Kevin Flynn/Clu interprété par Jeff Bridges | Tron: L'Héritage

Tron: L'Héritage de Joseph Kosinski (2010). Tron: L'Héritage de Joseph Kosinski (2010).
Tron: L'Héritage de Joseph Kosinski (2010).

Tron: L'Héritage selon Lise Myhre. Tron: L'Héritage selon Lise Myhre.
Nemi #109 de Lise Myhre (Couverture).

Dans la BD norvégienne Nemi #109 (Myhre • Egmont) Lise Myhre parodie l'affiche du film Tron: L'Héritage de Joseph Kosinski sur la couverture de sa BD. Ici, Quorra interprétée par Olivia Wilde est remplacée par Nemi Montoya.

 

Vingt-huit ans. C'est le temps qu'il a fallu pour que Disney se décide enfin à nous ramener dans la "Grille". Sorti le 17 décembre 2010, Tron: L'Héritage n'était pas qu'une simple suite, c'était un pari risqué sur la nostalgie et la technologie de pointe. On ne va pas se mentir, à l'annonce du projet, beaucoup craignaient un simple coup marketing sans âme. Pourtant, le résultat final possède une identité forte qu'il continue, des années après, d'alimenter les discussions des cinéphiles et des amateurs de design (qui je dois l'avouer, m'échappe un peu).

Tout commence réellement en 2008, lors du Comic-Con de San Diego, où Disney projette une "épreuve de concept" visuelle montrant une poursuite de cycles lumineux au look dévastateur. La réaction du public fut si électrique que le studio donna le feu vert immédiat. L'idée n'était plus de simplement copier le film de 1982, mais de proposer une évolution biologique et numérique de cet univers. Joseph Kosinski, alors jeune réalisateur issu de l'architecture et de la publicité, fut choisi pour sa capacité unique à mêler structures physiques et environnements virtuels. Ce choix de réalisateur s'est avéré crucial pour l'esthétique finale du film.

Sam Flynn (Garrett Hedlund), 27 ans, est le fils expert en technologie de Kevin Flynn (Jeff Bridges). Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père, il se retrouve aspiré dans ce même monde de programmes redoutables et de jeux mortels où vit son père depuis 25 ans. Avec la fidèle confidente (Olivia Wilde) de Kevin, père et fils s'engagent dans un voyage où la mort guette, à travers un cyber univers époustouflant visuellement, devenu plus avancé technologiquement et plus dangereux que jamais...

AlloCiné | Tron: L'Héritage

Côté scénario, le film joue donc la carte de l'héritage familial avec une structure de tragédie grecque en mode binaire. Si l'intrigue peut paraître par moments un peu linéaire, elle pose des questions intéressantes sur la quête de perfection et le danger des utopies numériques, même si le film préfère souvent l'action philosophique aux grands discours.

Jeff Bridges, reprenant son rôle iconique, livre une performance savoureuse en vieux sage "zen" qui semble avoir trop médité sous acide numérique. Face à lui, Garrett Hedlund assure le quota d'énergie nécessaire, mais c'est surtout Olivia Wilde, dans le rôle de Quorra, qui crève l'écran. Son interprétation d'un algorithme naïf et curieux apporte une touche d'humanité bienvenue dans ce monde de métal et de néons. Il faut aussi mentionner Michael Sheen, qui s'en donne à cœur joie en propriétaire de club excentrique, hommage non dissimulé à David Bowie.

C'est dans sa mise en scène et sa photographie que le film atteint des sommets. Claudio Miranda, le directeur de la photographie, a réussi l'exploit de rendre le noir et le néon vibrants, loin des rendus plats de certains films de science-fiction. Kosinski utilise son œil d'architecte pour créer des décors qui ont une présence physique réelle, grâce à l'utilisation massive de plateaux de tournage construits en dur et complétés par des effets numériques.

Impossible d'évoquer Tron: L'Héritage sans parler de son monument sonore. Le choix du duo Daft Punk pour la bande originale est coup de génie. Les robots français ne se sont pas contentés de livrer des morceaux d'électro, ils ont fusionné leurs synthétiseurs avec un orchestre symphonique de cent musiciens. La musique ne se contente pas d'accompagner les images, elle dicte le rythme du film, devenant un personnage à part entière. Les anecdotes de tournage racontent d'ailleurs que les musiciens étaient très impliqués, faisant même une apparition remarquée lors de la scène du club, pour le plus grand bonheur des fans.

Le tournage ne fut pas de tout repos, notamment à cause des costumes. Ces combinaisons lumineuses, qui fonctionnaient réellement grâce à des lampes électroluminescentes, étaient extrêmement fragiles, coûteuses et inconfortables pour les acteurs. De plus, le processus de rajeunissement numérique de Jeff Bridges pour le personnage de Clu était, à l'époque, une technologie pionnière. Si aujourd'hui certains détails peuvent accuser leur âge, c'était un tour de force technique absolu en 2010 qui a ouvert la voie à de nombreuses autres productions.

A sa sortie, l'accueil critique fut assez partagé. Si tout le monde s'accordait sur la claque visuelle et sonore, certains (dont moi) reprochaient au film un manque de profondeur narrative. Le succès au box-office fut solide mais pas aussi stratosphérique que Disney l'espérait initialement.

La saga a malgré tout franchi une nouvelle étape, avec 15 ans après, la sortie récente de Tron: Ares. Ce troisième opus, réalisé par Joachim Rønning avec Jared Leto dans le rôle-titre, a bousculé les codes établis en déplaçant l'action du monde numérique vers le monde réel.

Personnellement, je n'ai jamais accroché à l'univers de Tron, même si je salue l'esthétique révolutionnaire du premier opus, l'histoire m'a profondément ennuyé et je ne parle pas du second... Quant à lui, le troisième se laisse regarder si on a deux heures à tuer. Pour moi, un Ready Player One qui traite plus ou moins des mêmes thèmes est bien plus intéressant et divertissant ! Bref, vous l'aurez compris, Tron, ce n'est pas ma came !

- C'est magnifique cette vue. C'est comme ça qu'on savait que Flynn était là parmi nous. C'est devenu le symbole d'une chose plus grande. Une chose meilleure que notre monde. Je ne l'avais jamais vu d'aussi près. Voilà comment j'imagine un lever de Soleil.
- Oh non, crois-moi, aucune comparaison.
- C'est comment alors ?
- Le Soleil ?
- Oui.
- Personne ne m'avait jamais demandé de le décrire. Chaud, radieux, sublime.

Quorra (Olivia Wilde) et Sam Flynn (Garrett Hedlund) | Tron: L'Héritage

##003007##
Retour à l'accueil