Tu joues une partie qui est faussée à l'avance. Tu te bats seul, tout seul ! Tu es fou si tu espères gagner contre Alex Kovacs !

Nancy Robson interprétée par Ann-Margret | Un Homme est mort

Photographie du tournage du film Un Homme est mort de Jacques Deray (1972). Un Homme est mort de Jacques Deray (1972). Extrait d'un plan du film Un Homme est mort de Jacques Deray (1972). Plan du film Un Homme est mort de Jacques Deray (1972).
Un Homme est mort de Jacques Deray (1972).

Un Homme est mort selon Brüno. Un Homme est mort selon Brüno.
Tyler Cross - Vintage and Badass de Brüno et Fabien Nury (Page 112).

Dans le hors-série Vintage and Badass: Le cinéma de Tyler Cross (Brüno et Nury • Dargaud) Brüno Thielleux pastiche le film Un Homme est mort de Jacques Deray sur une des planches de sa BD. Ici, on reconnaît bien Lucien Bellon interprété par Jean-Louis Trintignant, Nancy Robson campée par Ann-Margret et Lenny incarné par Roy Scheider, le tout à la sauce Tyler Cross.

 

Si vous pensiez que Jacques Deray ne savait filmer que les piscines de Saint-Tropez ou les règlements de comptes dans le milieu marseillais, détrompez-vous. En 1972, le "maître du polar" français s'offre une escapade californienne avec Un Homme est mort, sorti précisément en France le 21 décembre 1972. C'est un film étrange, un peu hybride, qui sent bon le bitume brûlant, la paranoïa des années 70 et le choc des cultures. Posez vos bagages, on part à Los Angeles suivre un tueur à gages français un peu dépassé par les événements.

La genèse du projet est le fruit d'une envie d'ailleurs. Après le succès colossal de Borsalino, Jacques Deray jouit d'une aura internationale. L'idée de tourner aux Etats-Unis ne vient pas d'une commande de studio, mais d'une volonté de confronter le savoir-faire du polar à la française au gigantisme des décors naturels américains. Le scénario, coécrit avec Jean-Claude Carrière (son complice habituel) et Ian McLellan Hunter, nous plonge dans une intrigue de tueurs à gages.

Pour s'acquitter d'une dette de jeu, un tueur à gages français (Jean-Louis Trintignant) se rend à Los Angeles afin d'honorer un contrat. Une fois la tâche accomplit, il devient lui-même la cible d'un confrère (Roy Scheider).

IMDb | Un Homme est mort

Le choix du casting est sans doute l'un des plus grands atouts, et peut-être aussi l'une des bizarreries du film. Pour incarner Lucien, le tueur mutique, Deray fait appel à Jean-Louis Trintignant. L'acteur apporte cette économie de gestes et ce regard mélancolique qui contrastent magnifiquement avec l'agitation de Los Angeles. Face à lui, on retrouve des légendes américaines: Roy Scheider, tout juste auréolé du succès de French Connection, joue le tueur lancé à ses trousses, tandis qu'Ann-Margret et Angie Dickinson complètent le casting en apportant une touche de glamour. Ce mélange donne au film une patine de production internationale assez luxueuse pour l'époque.

Côté mise en scène, Deray ne cherche pas à copier les Américains sur leur propre terrain. Il filme Los Angeles avec un regard européen, presque documentaire par instants. Sa réalisation est sèche, nerveuse, mais elle prend le temps d'observer l'absurdité de cette ville immense où l'on se perd si facilement. La photographie de Terry K. Meade évite le clinquant pour privilégier des tons plus crus, plus réalistes, qui soulignent l'isolement du personnage de Trintignant. On sent une véritable direction d'acteurs où le silence pèse autant que les coups de feu, Trintignant jouant presque comme s'il était dans un film muet égaré chez les yankees.

Impossible de parler de l'ambiance sans mentionner la musique de Michel Legrand. C'est ici que le film prend une dimension presque ludique ou décalée. Legrand compose une partition jazzy, rythmée, parfois en décalage total avec la violence des images, ce qui renforce ce sentiment d'étrangeté. On n'est pas dans le drame pesant, mais dans une sorte de poursuite élégante et un peu désabusée. Pour la petite anecdote de tournage, il faut savoir que Trintignant, grand amateur de voitures et de vitesse, n'était pas forcément dépaysé par les courses-poursuites, même si l'organisation millimétrée des tournages américains a parfois un peu surpris l'équipe française habituée à plus de souplesse.

A sa sortie, l'accueil critique est assez partagé. La presse française est un peu décontenancée par ce film qui semble hésiter entre deux mondes, tandis que le public boude un peu le film par rapport aux triomphes précédents de Deray. Cependant, au fil des décennies, Un Homme est mort a acquis un véritable statut de film culte pour les amateurs de polars. On redécouvre aujourd'hui sa modernité, sa manière de filmer une ville déshumanisée et la performance tout en retenue de Trintignant. S'il n'a pas révolutionné le genre, il a prouvé que Deray pouvait exporter son style sans perdre son âme, laissant derrière lui une œuvre singulière, un peu mélancolique, qui reste l'un des rares exemples réussis de collaboration transatlantique de cette période.

Tu m'as manqué trois fois, c'est beaucoup trop ! Aussi longtemps qu'Alex est vivant, je suis un homme mort, mais toi aussi !

Lucien Bellon interprété par Jean-Louis Trintignant | Un Homme est mort

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