Invisible Dog
22 déc. 2025C'était un sociopathe. Il contrôlait tout, absolument tout ! Il disait que je pouvais toujours m'enfuir, mais qu'il me retrouverait. Et qu'il se rapprocherait de moi et que je le verrai même pas !
Cecilia Kass interprétée par Elisabeth Moss | Invisible Man
Invisible Man de Leigh Whannell (2020).
Stray Dogs: Dog Days #2 de Forstner et Fleecs (Couverture bis de Javan Jordan).
Dans le comic book Stray Dogs: Dog Days #2 (Forstner et Fleecs • Image Comics) le cover artist Javan Jordan parodie l'affiche du film Invisible Man de Leigh Whannell sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, Cecilia Kass interprétée par Elisabeth Moss est remplacée par Sophie.
Le mythe de l'Homme Invisible, créé par H.G. Wells en 1897, a connu de nombreuses adaptations. Mais en 2020, le réalisateur et scénariste Leigh Whannell a pris tout le monde de court en offrant une relecture si pertinente et terrifiante qu'elle en est devenue instantanément culte. Oubliez les expériences scientifiques ratées et les savants fous classiques: ce film est une plongée angoissante au cœur de la terreur psychologique. Sorti le 28 février 2020, ce thriller horrifique est une coproduction américano-australienne qui a fait sensation juste avant la pandémie du coronavirus.
Le destin d'Invisible Man est aussi inattendu que l'intrigue du film. A l'origine, Universal Pictures rêvait d'un "Dark Universe" interconnecté, à la manière du MCU, regroupant leurs monstres classiques (Dracula, Frankenstein, la Momie...). Après l'échec critique et commercial de La Momie (2017) avec Tom Cruise, Universal a mis le frein à main. C'est là que Jason Blum, le pape du cinéma d'horreur à petit budget mais à grande ambition, est entré en scène. L'idée: abandonner les blockbusters coûteux avec des stars hollywoodiennes (Johnny Depp était pressenti pour l'Homme Invisible !) pour se concentrer sur des films d'horreur d'auteurs, avec des budgets serrés et un angle fort. Leigh Whannell, scénariste des sagas Saw et Insidious et réalisateur de l'excellent Upgrade, a eu carte blanche pour repenser le mythe. Son postulat ? Rendre l'Invisible Man terrifiant non pas par sa science, mais par la menace qu'il représente pour sa victime.
Cecilia Kass (Elisabeth Moss) est en couple avec un brillant et riche scientifique (Oliver Jackson-Cohen). Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur (Harriet Dyer), leur ami d'enfance et sa fille adolescente.
Mais quand l'homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s'il est réellement mort. Tandis qu'une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu'elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu'elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille...AlloCiné | Invisible Man
Le coup de génie de Whannell réside dans le changement de perspective. Le film ne s'intéresse plus à Adrian Griffin, le scientifique qui devient invisible, mais à Cecilia Kass, sa victime. C'est le récit d'une femme qui dit être traquée par son bourreau, mais que personne ne croit, car la menace est littéralement invisible aux yeux des autres. C'est brillant et percutant.
Le choix d'Elisabeth Moss (connue pour Mad Men et The Handmaid's Tale) dans le rôle principal est absolument crucial. Sa capacité à incarner la paranoïa, la terreur et la résilience est phénoménale. Elle porte le film sur ses épaules, et son interprétation est si intense qu'on ressent physiquement sa détresse. Le réalisateur Whannell a souligné qu'il avait besoin d'une actrice qui pouvait jouer cette descente aux enfers avec authenticité, et Moss est la garante de cette vérité émotionnelle. Face à un ennemi invisible, elle doit jouer la peur, la lutte et la folie, souvent seule dans le cadre. L'antagoniste, Adrian Griffin, est joué par Oliver Jackson-Cohen, dont la présence, même brève, est suffisamment toxique pour justifier la terreur de Cecilia.
Leigh Whannell utilise des plans larges et fixes, laissant souvent de l'espace vide à l'écran. Cet espace, loin d'être un simple décor, devient une zone de menace potentielle. On cherche l'Invisible Man partout. La caméra s'attarde sur un coin de pièce, un couloir vide, ou un plafond, nous forçant, nous spectateurs, à douter et à anticiper. C'est l'art de l'angoisse par la suggestion, un travail de chef op qui rappelle parfois le style de John Carpenter. La photographie, jouant sur la froideur de l'environnement d'Adrian, accentue le sentiment d'isolement.
La partition du compositeur Benjamin Wallfisch est minimaliste mais brutale, utilisant principalement les cordes et des basses profondes pour créer un sentiment d'oppression sonore. L'absence de musique dans certains moments clés est parfois aussi puissante que sa présence, jouant sur l'écho de la présence invisible.
Avec un budget incroyablement modeste (7 millions de dollars), Invisible Man a été un succès retentissant, rapportant plus de 144 millions de dollars au box-office mondial, et ce, malgré la fermeture prématurée des salles en raison de la COVID-19. L'accueil critique a été dithyrambique. Les critiques ont salué son approche thématique, le qualifiant de "thriller féministe" et de "relecture intelligente" du mythe, soulignant la performance d'Elisabeth Moss et la mise en scène inventive de Whannell. Même les fans, qui auraient pu regretter l'aspect blockbuster initialement promis par Universal, ont rapidement été conquis par cette œuvre qui a su injecter une nouvelle pertinence sociale dans le genre de l'horreur.
Invisible Man est devenu une œuvre significative du cinéma d'horreur moderne, utilisant le fantastique non plus pour le spectacle, mais pour donner une forme visible à une souffrance invisible: celle du contrôle et de l'abus.
##002932##La seule chose encore plus extraordinaire que de réussir à devenir invisible, ça serait d'avoir imaginé un moyen de vous torturer au delà de la mort !
Tom Griffin interprété par Michael Dorman | Invisible Man