L'Evangile selon Blueberry
02 mars 2026Puissant est le bras du Seigneur !
Révérend Dahlstrom interprété par R.G. Armstrong | Major Dundee
Dans Une aventure du Lieutenant Blueberry - Tome 1 - "Amertume Apache" (Blain et Sfar • Dargaud) Christophe Blain croque R.G. Armstrong et lui donne le rôle de R.G. Dahlstrom, le Prêcheur polygame de la petite concession minière.
(L'image est tirée de la page 39, case).
Plan du film Major Dundee de Sam Peckinpah (1965)
et
Une aventure du Lieutenant Blueberry - Tome 1 de Christophe Blain et Joann Sfar (Page 39, case 4).
Avec cette caricature, les auteurs rendent aussi hommage au film Major Dundee (1965) de Sam Peckinpah, où R.G. Armstrong campe le révérend Dahlstrom, un prêcheur protestant qui accompagne l'expédition militaire menée par le major Amos Dundee (Charlton Heston) à la poursuite d'Apaches au Mexique.
Robert Golden Armstrong (1917-2012), connu comme R.G. Armstrong, était un acteur américain. Si vous avez déjà regardé un western ou un film d'action des années 70 sans croiser sa silhouette massive, c'est probablement que vous aviez les yeux fermés. Avec sa carrure de déménageur de pianos et son visage sculpté dans le silex, Robert n'était pas là pour jouer les jeunes premiers romantiques. Ce géant au regard d'acier a passé une grande partie de sa carrière à incarner l'autorité, qu'elle soit divine, légale ou purement tyrannique, devenant l'un des seconds rôles les plus mémorables du grand écran.
Ses débuts ne manquent pas de prestige puisqu'il passe par l'Actors Studio, côtoyant les plus grands. On le retrouve ainsi dès 1957 chez Elia Kazan dans Un homme dans la foule, puis chez Sidney Lumet pour L'Homme à la peau de serpent en 1960. Mais c'est sa rencontre avec Sam Peckinpah qui marque un tournant décisif et presque mystique dans sa filmographie. Le réalisateur, connu pour son tempérament volcanique, a trouvé en Armstrong l'interprète idéal pour ses figures de fanatiques religieux ou de patriarches implacables. Dans Coups de feu dans la Sierra, il campe un père rigoriste avec une conviction telle qu'on croirait qu'il sort tout droit d'une gravure du XIXe siècle. Cette collaboration atteindra son paroxysme dans Major Dundee et surtout dans Pat Garrett et Billy le Kid, où Armstrong injecte une humanité bourrue et une rudesse authentique qui manquent souvent aux seconds rôles plus lisses de l'époque.
On l'aperçoit chez Howard Hawks dans El Dorado, où il joue un fermier solidaire face à John Wayne, mais aussi dans des productions plus insolites comme Mon nom est Personne, où il incarne "Honest John" sous la direction de Tonino Valerii. Mais limiter Armstrong au seul genre du western serait une erreur de jugement majeure. L'homme savait s'adapter à la modernité. Warren Beatty, grand admirateur de son talent, l'engagera à plusieurs reprises, notamment dans Le ciel peut attendre, Reds, et de manière plus spectaculaire dans Dick Tracy, où Armstrong disparaît sous le maquillage grotesque du méchant "Pruneface".
Le genre fantastique et l'épouvante ont également profité de son charisme inquiétant. On se souvient de lui dans Course contre l'enfer en 1975, où il mène une communauté sataniste traquant des vacanciers, ou encore dans Enfer mécanique, où il tente de survivre face à une voiture possédée. Dans les années 80, il a offert une prestation savoureuse dans Predator, jouant le général Phillips. Même face à Arnold Schwarzenegger au sommet de sa forme, Armstrong ne se laisse pas impressionner. Sa présence apporte une caution de sérieux et de vécu à des productions qui, sans des acteurs de sa trempe, pourraient parfois basculer dans le pur divertissement jetable, comme en témoigne son passage dans Les Démons du maïs.
Sur le plan critique, on peut lui reprocher d'avoir parfois été prisonnier de son physique "patibulaire mais presque". Il est vrai qu'il a souvent été cantonné aux rôles de shérifs bornés ou de prêcheurs exaltés, une répétition qui aurait pu lasser. Pourtant, Armstrong parvenait toujours à glisser une nuance, un silence ou un froncement de sourcil qui sauvait ses personnages de la caricature. Il possédait cette capacité rare de rendre une scène menaçante par sa seule stature, tout en laissant deviner, par moments, une vulnérabilité ou une sagesse paysanne sous la cuirasse de cuir et de poussière.
En fin de compte, la carrière de R.G. Armstrong est une leçon de longévité et de professionnalisme. Qu'il soit au service d'un chef-d'œuvre de Peckinpah ou d'une série B plus obscure, il restait cet ancrage solide qui donnait de la crédibilité à l'univers du film. Il nous a quittés en 2012, laissant derrière lui une filmographie qui ressemble à une colonne vertébrale du cinéma américain classique: robuste, sans fioritures inutiles, mais absolument indispensable à l'équilibre de l'ensemble.
##003002##Tout homme qui défend une cause juste devrait porter la parole de Dieu.
Révérend Dahlstrom interprété par R.G. Armstrong | Major Dundee