Une véritable suppression de la métaphysique ferait de l'art et de la science des squelettes pétrifiés, dépourvus d'âme, incapables du moindre développement ultérieur.

Erwin Schrödinger | Ma conception du monde


Dans Ekhö, Monde miroir - Tome 4 - "Barcelona" (Barbucci et Arleston • Soleil) Alessandro Barbucci croque Erwin Schrödinger et lui donne le rôle de Schrödinger, le directeur de la Art Galleria Schrödinger où Yuri Podrov doit libérer un chat afin de "désenvoûter" Fourmille Gratule.
(L'image est tirée de la Page 34, case 7).

Le Chat de Schrödinger selon Alessandro Barbucci.
Ekhö, Monde miroir - Tome 4 d'Alessandro Barbucci et Christophe Arleston (Page 35, case 4)

Avec ce clin d'œil à Schrödinger, les auteurs font bien sûr référence à la fameuse expérience de pensée imaginée par le physicien: le Chat de Schrödinger.

 

Erwin Schrödinger (1887-1961) était un physicien, philosophe et théoricien scientifique autrichien. Né à Vienne, ce pur produit de l'élite intellectuelle autrichienne possédait une curiosité qui dépassait largement le cadre des équations. Avant de devenir l'un des pères de la mécanique quantique, il s'intéressait à la philosophie antique, à la biologie et même à la poésie. Ce bagage éclectique explique sans doute pourquoi il a toujours eu un pied dans l'abstraction mathématique et l'autre dans une quête presque mystique de la compréhension de la vie. Son allure de professeur un peu bohème cachait un esprit redoutable qui allait bientôt dynamiter notre vision de la réalité.

Le grand coup d'éclat de Schrödinger survient en 1926, une année où il semble avoir été frappé par une muse particulièrement efficace lors d'un séjour dans les Alpes. Il y formule l'équation de Schrödinger, un pilier fondamental de la physique moderne. Contrairement à ses collègues qui préféraient les matrices arides, Erwin a eu l'élégance de proposer une approche ondulatoire. Il a suggéré que la matière, à l'échelle microscopique, ne se comporte pas comme de petites billes solides, mais plutôt comme des ondes de probabilité. C'était une avancée pédagogique et technique majeure qui lui a valu le Prix Nobel en 1933, facilitant grandement la vie des physiciens qui pouvaient enfin visualiser un peu mieux l'invisible.

Cependant, Erwin Schrödinger est surtout resté célèbre pour une expérience de pensée qu'il a ironiquement inventée pour souligner l'absurdité de la physique de son temps. On parle bien sûr de son fameux chat, enfermé dans une boîte avec un dispositif mortel activé par un atome radioactif. Selon la logique quantique de l'époque, tant qu'on n'ouvrait pas la boîte, le chat était mathématiquement à la fois mort et vivant. Schrödinger ne voulait pas prouver que les chats sont des zombies quantiques, mais plutôt montrer que l'interprétation dominante de la physique manquait cruellement de bon sens. La mécanique quantique est relativement difficile à concevoir car sa description du monde repose sur des amplitudes de probabilité ou fonctions d'onde. Et ces fonctions d'ondes peuvent se trouver en combinaison linéaire, donnant lieu à des "états superposés". Cependant, lors d'une opération dite de "mesure" l'objet quantique sera trouvé dans un état déterminé; la fonction d'onde donne les probabilités de trouver l'objet dans tel ou tel état. C'est là que réside le génie critique de l'Autrichien: il était capable de bâtir les outils d'une science tout en pointant du doigt les failles philosophiques qu'elle engendrait.

Sur un plan plus personnel et critique, la vie de Schrödinger n'était pas exempte de zones d'ombre ou de contradictions. Sa vie privée, marquée par des ménages à trois assumés et une instabilité sentimentale chronique, a souvent déconcerté ses contemporains. Plus sérieusement, son œuvre Qu'est-ce que la vie ?, bien qu'extrêmement influente pour la découverte de l'ADN, a été critiquée par certains biologistes pour ses simplifications excessives. Il a tenté d'appliquer des lois physiques à la complexité organique avec un enthousiasme parfois jugé un peu naïf. On peut lui reprocher une certaine arrogance intellectuelle, celle de croire que la physique pouvait tout résoudre, du fonctionnement de la cellule à l'essence de l'âme.

Malgré ces critiques, l'héritage de Schrödinger reste colossal et paradoxalement très actuel. Il a su rester un esprit libre, refusant de s'aligner totalement sur le dogme scientifique de son époque tout en apportant les outils nécessaires à son évolution. Que l'on retienne de lui son équation fondamentale ou son chat malchanceux, il incarne parfaitement cette transition entre la rigueur du XIXe siècle et le chaos fascinant du XXe. Erwin Schrödinger nous a appris que la réalité est bien plus étrange qu'elle n'en a l'air, et que pour la comprendre, il faut parfois accepter l'idée qu'une chose puisse être deux vérités contradictoires à la fois.

Il s'avère en effet beaucoup plus difficile de rendre compréhensible, de présenter rationnellement, ne serait-ce que le domaine spécialisé le plus restreint de n'importe quelle branche des sciences, si on en retire toute métaphysique.

Erwin Schrödinger | Ma conception du monde

##003107##
Retour à l'accueil