Il était fois un homme corrompu
14 déc. 2025Ah, rien de tel que du poulet frit encore chaud et croustillant ! Alors plus vite tu ouvres ce coffre et nous donnes l'argent, plus vite tu pourras retourner à ton délicieux poulet.
Paris Pittman Jr. interprété par Kirk Douglas | Le Reptile
Photographie de tournage du film Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz (1970).
Blueberry - Tome 14 de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier (Planche 16, case 6).
Dans Blueberry - Tome 14 - "L'Homme qui valait 500 000 $" (Giraud et Charlier • Dargaud) Jean Giraud pastiche le film Le Reptile de Joseph L. Mankiewic sur une planche de sa BD. Ici, Paris Pittman Jr. interprété par Kirk Douglas est remplacé par Mike Steve Donovan dit Blueberry.
Aujourd'hui, on plonge dans un western qui n'en est pas vraiment un. Oubliez les grands espaces poussiéreux et les duels au soleil (enfin, pas totalement): Le Reptile - de son titre original plus évocateur, There Was a Crooked Man... en VO - est une comédie noire, grinçante, qui se déroule principalement derrière les murs d'un pénitencier.
Sorti aux Etats-Unis en septembre 1970, ce film marque le retour de l'immense Joseph L. Mankiewicz à la réalisation, après l'épisode douloureux de Cléopâtre (1963) et le discret Guêpier pour trois abeilles (1967). Le Reptile, c'est la preuve que même à la fin de sa carrière, Mankiewicz pouvait encore surprendre.
L'idée de départ est signée David Newman et Robert Benton, le duo de scénaristes qui venait de révolutionner Hollywood avec Bonnie and Clyde (1967). Ils proposent une histoire simple et diabolique: un escroc flamboyant, voleur d'un magot colossal, se retrouve emprisonné. Le scénario est conçu comme une joute verbale et psychologique, un terrain de jeu idéal pour un auteur de dialogue comme Mankiewicz. Pourtant, la Warner Bros. destinait initialement le projet à John Huston. C'est finalement Mankiewicz qui reprend le flambeau, attiré par la thématique de la morale, de la corruption et, surtout, par la qualité du texte. On sent l'héritage des grandes comédies sophistiquées, transposé dans l'univers brut et ironique du Far West.
Paris Pitman Jr. (Kirk Douglas), prisonnier à la forte personnalité, se sert de l'humanisme du nouveau directeur (Henri Fonda) pour préparer son évasion. Il manipule ses codétenus pour obtenir leur aide.
AlloCiné | Le Reptile
Le choix de Mankiewicz, plus habitué aux salons chics ou aux tragédies historiques, pour réaliser un western se déroulant dans une prison, peut sembler étonnant. Mais c'est précisément là que réside le génie: Mankiewicz met son talent de dialoguiste au service d'une histoire de genre. Il traite la prison moins comme un décor physique que comme un microcosme social où les mots sont les véritables armes.
Le cœur du film réside dans l'affrontement entre les deux figures principales, un pur régal. Kirk Douglas incarne la ruse et l'anticonformisme. Il est parfait en "reptile" manipulateur, toujours en mouvement, cherchant l'évasion par tous les moyens. Quant à lui, Henry Fonda, l'incarnation de la droiture au cinéma, offre ici une performance subtile. Son personnage du shérif intègre devenu directeur de prison tente désespérément de maintenir l'ordre et sa propre moralité face à la corruption environnante et l'énergie destructrice de Douglas.
La marque de fabrique de Mankiewicz, c'est la parole. La mise en scène est donc très centrée sur ses acteurs. Les dialogues fusent, les plans rapprochés sur les visages sont fréquents pour capter les nuances d'une réplique. On pourrait presque parler de "théâtre filmé", mais un théâtre d'une rare efficacité, où le rythme est donné par l'échange et non par l'action pure. La direction d'acteurs est magistrale: Douglas et Fonda sont au sommet de leur forme, livrant une partie d'échecs constante. Les seconds rôles, souvent des gueules cassées du western, sont aussi excellemment dirigés, apportant une épaisseur bienvenue à l'univers carcéral.
A sa sortie, Le Reptile a reçu un accueil critique mitigé, sans être un échec retentissant. Beaucoup de critiques ont salué l'intelligence des dialogues et les performances de Douglas et Fonda, mais certains ont été déroutés par le mélange des genres: c'était trop verbeux pour un western et trop rude pour une comédie. Côté public, le succès fut modeste. Le film est sorti à une époque où le western était en pleine mutation, et cette œuvre atypique n'a pas réussi à se positionner clairement face aux classiques et aux récents westerns révisionnistes.
Pourtant, au fil des années, Le Reptile a gagné ses lettres de noblesse et un statut de film culte auprès des cinéphiles. Son influence réside dans sa capacité à déconstruire les mythes du western. Il fait partie de ces films de la Nouvelle Vague hollywoodienne qui ont utilisé un genre classique pour parler de la corruption moderne et de l'antihéros. On y voit l'ébauche de cette tradition de comédies noires et de films de prison intelligents qui viendront plus tard.
Le film reste, en définitive, une excellente porte d'entrée pour découvrir le génie de Mankiewicz sous un angle inattendu. Un dialogue brillant, deux monstres sacrés du cinéma, et un final... disons... inoubliable. Un petit bijou d'ironie à revoir sans modération !
##002924##Ne me dites pas que vous ne savez pas faire de discours. Vous pourriez convaincre un coyote de lâcher sa poule !
Woodward Lopeman interprété par Henry Fonda | Le Reptile