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Harry Callahan interprété par Clint Eastwood | L'inspecteur ne renonce jamais

Photographie promotionnelle de Clint Eastwood pour le film L'inspecteur ne renonce jamais de James Fargo (1976).
Photographie promotionnelle du film L'inspecteur ne renonce jamais de James Fargo (1976).

L'inspecteur ne renonce jamais selon Brüno.
Ex-libris Tyler Cross de Brüno.

Avec Ex-libris Tyler Cross (Brüno et Nury • Dargaud) Brüno Thielleux pastiche une photographie promotionnelle du film L'inspecteur ne renonce jamais de James Fargo. Ici, l'inspecteur Harry Callahan interprété par Clint Eastwood est remplacé par Tyler Cross.

 

En 1976, les spectateurs retrouvent pour la troisième fois le visage buriné et le Magnum 44 les plus célèbres du cinéma. Après avoir nettoyé San Francisco dans L'inspecteur Harry et démantelé un escadron de la mort dans Magnum Force, Clint Eastwood rempile dans L'inspecteur ne renonce jamais (The Enforcer en VO), sorti dans les salles obscures le 22 décembre 1976.

Troisième opus d'une saga culte, ce film est souvent vu comme un épisode de transition. Pourtant, derrière son allure de polar musclé bien ancré dans son époque, il est bien plus malin et important qu'il n'y paraît. Alors, on recharge le Smith & Wesson, on ajuste son holster et on part sur les traces d'un Harry Callahan... un peu différent.

L'inspecteur Harry Callahan (Clint Eastwood) ne sait plus où donner de la tête. Il lutte à la fois contre des gangsters et des terroristes et doit subir des chefs butés et parfois compromis. De multiples affaires s'entrecroisent dont il se sort avec brio, laissant quelques cadavres sur son chemin.

AlloCiné | L'inspecteur ne renonce jamais

L'histoire derrière le script est presque un conte de fées hollywoodien. L'idée originale ne vient pas d'un scénariste chevronné, mais de deux jeunes étudiants en cinéma, Gail Morgan Hickman et S.W. Schurr. En 1974, ils rédigent un scénario sans aucune commande, intitulé Moving Target, et ont le culot de le déposer directement à la réception du restaurant d'Eastwood, The Hog's Breath Inn, à Carmel. Contre toute attente, Clint Eastwood lit leur travail. Il y voit un potentiel, notamment l'idée d'associer son personnage iconique à une partenaire féminine. Bien que le script ait été ensuite largement remanié par les vétérans Stirling Silliphant et Dean Riesner (déjà à l'œuvre sur les précédents films) pour coller davantage au personnage de Harry, l'impulsion initiale venait de ces deux jeunes audacieux.

Clint Eastwood confie les rênes à James Fargo, son assistant-réalisateur de longue date sur des films comme Magnum Force ou Josey Wales, hors-la-loi. C'est un choix de loyauté, qui garantit à Eastwood un contrôle total sur le film et un style efficace, sans fioritures, entièrement au service de l'action et de son personnage.

Clint Eastwood EST Harry Callahan. Il n'a plus rien à prouver. Il connaît le personnage sur le bout des doigts, son laconisme, sa démarche, son regard qui tue. Il se permet même quelques pointes d'humour bien senties. Le coup de génie est le choix de Tyne Daly pour incarner Kate Moore. Loin des canons de beauté hollywoodiens, elle apporte une authenticité et une détermination formidables à son rôle. Elle n'est pas une potiche, mais une femme compétente qui doit faire ses preuves dans un monde d'hommes. Sa performance est si convaincante qu'elle préfigure son rôle iconique dans la série policière Cagney & Lacey quelques années plus tard. On retrouve avec plaisir Harry Guardino dans le rôle du lieutenant Bressler, le supérieur direct de Harry, qui passe son temps à hurler et à s'arracher les cheveux.

James Fargo ne cherche pas à révolutionner le genre. Sa réalisation est carrée, lisible, presque documentaire dans les scènes d'action. Il filme San Francisco de manière brute, sans l'esthétiser autant que Don Siegel dans le premier opus. Le but est clair, l'efficacité avant tout. Les fusillades sont percutantes, les poursuites sont claires, et le spectateur en a pour son argent. La grande réussite du film réside dans l'alchimie entre Eastwood et Daly. Leur relation évolue de manière crédible, passant d'une méfiance hostile à un respect mutuel, puis à une véritable camaraderie. La scène où Harry explique froidement à Kate la réalité du terrain est un grand moment de cinéma, qui définit parfaitement leurs deux mondes.

Le légendaire Lalo Schifrin, compositeur des deux premiers films, est absent. C'est Jerry Fielding qui prend le relais. Le résultat est radicalement différent. Fini le jazz cool et angoissant de Schifrin, place à une partition très jazz-funk, typique des polars des années 70. C'est pêchu, dynamique, mais peut-être un peu moins iconique. La musique ancre définitivement le film dans son époque, pour le meilleur et pour le pire.

Le clou du spectacle est sans conteste la confrontation finale. Elle ne se déroule nulle part ailleurs que sur l'île d'Alcatraz, alors désaffectée. Un décor de cinéma absolument fantastique qui donne au film une conclusion mémorable. Clint Eastwood, fidèle à sa réputation, a réalisé lui-même la plupart de ses cascades.

A sa sortie, L'inspecteur ne renonce jamais reçoit un accueil critique mitigé. Beaucoup de journalistes y voient une redite, une formule qui commence à s'essouffler. Le film est jugé moins sombre et moins complexe que ses prédécesseurs. Pourtant, le public, lui, répond massivement présent. Le film est un énorme succès commercial, prouvant que la popularité de Dirty Harry Callahan est intacte.

Avec le recul, son héritage est plus important qu'on ne le croit. En introduisant une partenaire féminine forte et crédible, le film a ouvert la voie à de nombreux duos mixtes dans le cinéma d'action. Il a offert à Tyne Daly un rôle qui a lancé sa carrière et a prouvé qu'un personnage féminin pouvait être plus qu'un simple faire-valoir dans un film de flics. Pour les fans, L'inspecteur ne renonce jamais reste un opus solide et très divertissant. Ce n'est peut-être pas le meilleur Dirty Harry, mais c'est sans doute le plus touchant.

- Capitaine, si vous voulez raconter des bobards à ces gens-là, ça vous regarde, mais pas avec moi !
- Il suffit Callahan ! Votre conduite vous vaut soixante jours de suspension !
- Mettez-en quatre-vingt-dix !
- Cent quatre-vingt et rendez-moi votre étoile !
- [Donnant son étoile] Tenez, ça va vous faire un suppositoire à sept branches !
- Qu'est-ce que vous osez dire ?!
- J'ai dit: "Collez-vous l'étoile dans l'cul !"

Harry Callahan (Clint Eastwood) et McKay (Bradford Dillman) | L'inspecteur ne renonce jamais

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