Alors ? Je t'épouse ou je ne t'épouse pas ?

Michel Bellanger interprété par Louis Jourdan | La mariée est trop belle

La mariée est trop belle de Pierre Gaspard-Huit (1956). La mariée est trop belle de Pierre Gaspard-Huit (1956).
La mariée est trop belle de Pierre Gaspard-Huit (1956).

La mariée est trop belle selon Félix Meynet. La mariée est trop belle selon Félix Meynet.
Ex-libris Mirabelle de Félix Meynet.

Avec ces deux ex-libris de Mirabelle tirées de la série Double M (Meynet et Roman • Dargaud) Félix Meynet rend hommage au film La mariée est trop belle de Pierre Gaspard-Huit. Ici, Catherine Ravaud dite Chouchou interprétée par Brigitte Bardot est remplacée par Mirabelle.

 

Sorti sur les écrans le 26 octobre 1956, La mariée est trop belle est une œuvre qui semble aujourd'hui suspendue dans une parenthèse enchantée du cinéma hexagonal. Juste avant que Et Dieu... créa la femme ne vienne dynamiter les mœurs et transformer Brigitte Bardot en icône planétaire, cette comédie de Pierre Gaspard-Huit nous offre un aperçu d'une France légère, élégante et un brin malicieuse. C'est le film typique de la "qualité française" des années 50: soigné, rythmé, et porté par un charme indéniable qui ne se prend jamais tout à fait au sérieux.

La genèse du projet repose sur le désir de capitaliser sur la popularité croissante de la jeune Brigitte Bardot tout en adaptant une œuvre littéraire légère. Le film s'inspire d'un roman d'Odette Joyeux, qui était elle-même une actrice de renom avant de passer à l'écriture. L'idée était de créer un long métrage sur mesure pour Bardot, capable de jouer sur son ambiguïté naturelle, entre l'ingénue totale et la femme fatale qui s'ignore. Le producteur cherchait un sujet qui permettrait de montrer la mode, le milieu des magazines et le glamour parisien, des thèmes très porteurs pour le public de l'après-guerre en quête de rêve et de sophistication.

Judith (Micheline Presle), rédactrice en chef d'un magazine féminin, mariée, entretient une liaison avec Michel (Louis Jourdan), un homme plus jeune qu'elle. Pour les besoins de son magazine, elle engage un jeune mannequin (Brigitte Bardot), mais elle s'aperçoit très vite que son amant n'est pas insensible aux charmes de la jeune femme...

AlloCiné | La mariée est trop belle

Le scénario, coécrit par Philippe de Broca,qui n'est pas encore le réalisateur de génie que l'on connaîtra plus tard, et Odette Joyeux, nous plonge dans les coulisses du magazine de mode Chouchou. On y suit Catherine, une jeune campagnarde repérée pour devenir mannequin. L'intrigue joue sur les quiproquos sentimentaux classiques. C'est un vaudeville de luxe, où les sentiments s'entrechoquent dans un décor de papier glacé, avec une fluidité de dialogue qui évite les lourdeurs du genre.

Le choix de Pierre Gaspard-Huit à la réalisation s'avère judicieux pour ce type de commande. Cinéaste du mouvement et de l'élégance, il sait comment filmer les femmes sans les figer. Le casting est un coup de maître pour l'époque. Face à une Bardot pétillante, on retrouve Louis Jourdan dans le rôle du séducteur sophistiqué. Jourdan apporte cette touche de distinction "hollywoodienne" qui contraste merveilleusement avec la spontanéité presque sauvage de Bardot. A leurs côtés, Micheline Presle incarne avec une autorité teintée de jalousie la femme mûre et élégante, créant un triangle amoureux aussi crédible que divertissant.

Sur le plan du style, la mise en scène de Gaspard-Huit privilégie la fluidité. La caméra circule librement dans les studios de photographie et les appartements parisiens, captant l'effervescence du milieu de la mode. La photographie de Pierre Petit est un élément clé de la réussite visuelle du film. Elle baigne les scènes dans une lumière douce et flatteuse, typique des grandes productions de l'époque, mettant en valeur les costumes impeccables et la photogénie absolue du duo principal. La direction d'acteurs, quant à elle, laisse une certaine liberté à Bardot, lui permettant d'imposer son naturel face à des partenaires plus académiques, ce qui crée une tension intéressante à l'écran.

La musique du film, signée Georges Van Parys, accompagne parfaitement cette ambiance de fête perpétuelle. Grand spécialiste de l'opérette et de la comédie musicale, Van Parys compose des thèmes légers, presque aériens, qui soulignent les moments de marivaudage sans jamais les surplomber. La partition renforce l'idée d'un Paris idéalisé, où même les peines de cœur semblent se résoudre en quelques notes qui respirent l'optimisme des Trente Glorieuses et la joie de vivre retrouvée.

Le tournage ne manque pas d'anecdotes savoureuses. On raconte que l'alchimie entre Brigitte Bardot et Louis Jourdan n'était pas seulement feinte devant la caméra, ce qui aurait causé quelques tensions sur le plateau, notamment avec les entourages respectifs. De plus, le film est célèbre pour avoir été l'un des premiers à montrer une Bardot aussi à l'aise avec son corps, notamment dans les scènes d'essayage. Pour l'anecdote, Philippe de Broca, qui faisait ses armes ici, aurait appris une grande partie de son sens du rythme comique en observant les interactions parfois chaotiques entre les vedettes durant les prises de vues.

A sa sortie en 1956, l'accueil critique fut globalement positif, bien que certains critiques plus sérieux y aient vu une œuvre mineure. Le public, lui, fut conquis par la fraîcheur de l'ensemble. Avec le temps, le film est devenu un objet de culte pour les fans de Bardot, car il représente le dernier moment de "pureté" cinématographique de l'actrice avant que son image ne soit dévorée par le mythe de la "femme-enfant" provocante. Aujourd'hui, les historiens du cinéma y voient une transition fascinante entre le cinéma de papa et l'énergie nouvelle qui allait bientôt donner naissance à la Nouvelle Vague. Son influence se ressent encore dans les comédies romantiques françaises qui tentent, avec plus ou moins de succès, de retrouver ce mélange unique de chic parisien et de sincérité sentimentale.

Mais enfin Michel, je ne peux pas épouser un homme le matin et coucher avec un autre le soir, ça ne fait pas sérieux !

Judith Aurigault interprétée par Micheline Presle | La mariée est trop belle

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