Nous avons 19 morts, 100 personnes infectés... il se répand comme un feu de brousse.

Dr. Colonel Sam Daniels interprété par Dustin Hoffman | Alerte !

Alerte ! de Wolfgang Petersen (1995).
Alerte ! de Wolfgang Petersen (1995).

Alerte ! selon Franco Aureliani.
Feral #1 de Forstner, Rodriguez et Fleecs (Couverture bis de Franco Aureliani).

Dans le comic book Feral #1 - "Indoor Cats" (Forstner, Rodriguez et Fleecs • Image Comics) le cover artist Franco Aureliani parodie l'affiche du film Alerte ! de Wolfgang Petersen sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, le docteur Colonel Sam Daniels interprété par Dustin Hoffman est remplacé par Elsie, le docteur Roberta 'Robby' Keough campée par Rene Russo devient Lord Fluffy Britches, le général Billy Ford incarné par Morgan Freeman se transforme en Patch et le capucins mue en Moosh.

 

Imaginez un monde où le plus grand danger n'est pas une invasion extraterrestre ou un astéroïde géant, mais une chose microscopique qui voyage dans un simple éternuement. Bien avant que le mot "confinement" ne devienne notre quotidien, Wolfgang Petersen nous servait un cocktail explosif de virologie et d'action militaire avec Alerte ! (Outbreak en VO). Sorti le 10 mars 1995 dans les salles obscures, ce film est un pur produit des années 90: efficace, au casting cinq étoiles, et juste ce qu'il faut de paranoïa. Alors, enfilez votre combinaison Hazmat jaune poussin, on dissèque ce classique du film de contagion.

L'histoire de la création d'Alerte ! est d'ailleurs presque aussi tendue que le film lui-même. Au début des années 90, Hollywood se passionne pour les virus alors qu'un livre de non-fiction fait fureur: The Hot Zone de Richard Preston, racontant l'apparition bien réelle du virus Ebola. La Fox voulait adapter ce livre avec Ridley Scott à la réalisation et Robert Redford en vedette, mais la Warner Bros a senti le filon et a décidé de les prendre de vitesse. N'ayant pas les droits du livre, ils ont commandé un scénario original qui s'en inspire fortement (fièvre hémorragique, singe porteur, intervention militaire) mais qui part totalement en fiction. Résultat ? La Warner a dégainé plus vite, le projet concurrent a coulé, et Alerte ! est né.

A la suite de plusieurs négligences et de mauvaises volontés, les habitants d'une petite ville américaine sont victimes d'un virus, venu d'Afrique, particulièrement dévastateur. Pour enrayer l'épidémie, un général sans scrupule (Donald Sutherland) décide, avec l'accord du président, de rayer de la carte la bourgade en larguant une bombe incendiaire.

AlloCiné | Alerte !

La première heure se présente comme un thriller médical haletant où l'on suit la propagation, l'enquête épidémiologique et la montée de la peur. Cette partie est carrée, pédagogique (nous apprenant ce qu'est le R0 sans même nous en rendre compte) et franchement angoissante. Cependant, dans la seconde heure, Hollywood reprend ses droits et le film bascule dans l'action pure avec des hélicoptères effectuant des loopings, des généraux caricaturaux et une course-poursuite effrénée pour retrouver le fameux singe. C'est un peu le défaut du script: commencer comme un documentaire terrifiant pour finir comme un Die Hard en blouse blanche.

Pour piloter ce mastodonte, la production a choisi de confier la réalisation à Wolfgang Petersen. Le réalisateur allemand, célèbre pour le chef-d'œuvre oppressant Das Boot, sait comment gérer la tension dans des espaces confinés. Ici, il applique son savoir-faire non plus dans un sous-marin, mais dans des laboratoires P4 et des tentes de quarantaine. Il est servi par une distribution impressionnante, véritable "All-Stars" de l'époque. Dustin Hoffman, dans le rôle du Colonel Sam Daniels, est un choix audacieux car il n'a rien du héros d'action typique à la Stallone; c'est précisément ce qui rend son personnage crédible, à la fois tenace, intelligent et un brin pénible. A ses côtés, Rene Russo incarne son ex-femme et égale scientifique avec solidité et charisme, tandis que Morgan Freeman impose le respect d'un simple froncement de sourcils dans le rôle d'un général au grand cœur coincé par la hiérarchie. Donald Sutherland jubile dans la peau du général McClintock, le bureaucrate sans scrupules. L'équipe médicale est complétée avec brio par Kevin Spacey et Cuba Gooding Jr., sans oublier un tout jeune Patrick Dempsey dans le rôle du patient zéro par qui le malheur arrive !

Sur le plan de la mise en scène, le style de Petersen reste très lisible et dynamique. Il utilise beaucoup la Steadicam pour nous faire courir avec les médecins dans les couloirs, créant un sentiment d'urgence permanent. Le film contient d'ailleurs une séquence culte que tout le monde retient: celle du cinéma. La caméra suit les particules de salive expulsées par un spectateur qui tousse, zoomant littéralement dans l'air pour montrer le virus entrant dans la bouche d'autres personnes qui rient. C'est une leçon de réalisation: simple, visuel, terrifiant, matérialisant l'invisible. La photographie accompagne cette ambiance en jouant sur les contrastes, entre la chaleur moite de la jungle, la froideur bleutée et métallique des laboratoires, et la lumière crue de la Californie. L'ensemble est soutenu par la bande originale de James Newton Howard, une partition symphonique classique des années 90 mêlant percussions militaires et cordes stridentes, qui fait le job sans être inoubliable.

Pour la petite histoire et les amateurs d'anecdotes, sachez qu'il y a une incohérence majeure concernant le porteur du virus: le petit singe Betsy est un capucin à tête blanche, une espèce vivant en Amérique du Sud et non en Afrique d'où le virus est censé provenir. La production a privilégié cette espèce uniquement pour sa "bonne bouille", essentielle pour attirer l'empathie du public. Côté tournage, les acteurs ont vécu un calvaire dans les combinaisons Hazmat jaunes qui n'étaient absolument pas ventilées. Kevin Spacey a raconté qu'ils finissaient trempés de sueur et au bord de l'évanouissement après chaque prise. Enfin, Dustin Hoffman a fait honneur à sa réputation de perfectionniste en faisant réécrire de nombreuses scènes pour injecter plus de réalisme médical, tout en conservant le côté rebelle de son personnage face à l'armée.

A sa sortie, le film a rencontré un immense succès commercial, rapportant près de 190 millions de dollars pour un budget de 50 millions. Côté critique, le bilan était mitigé mais positif. La presse a salué la première partie anxiogène et le jeu des acteurs, mais a souvent tiqué sur la fin jugée trop rocambolesque, Roger Ebert le qualifiant tout de même de "l'une des grandes histoires d'épouvante de notre époque".

Cette popularité a connu un second souffle fascinant en mars 2020, au début de la pandémie mondiale de COVID-19, où Alerte ! est remonté en flèche dans le top des visionnages. Cependant, il a souvent été mis en concurrence directe avec Contagion de Steven Soderbergh (2011). La comparaison est cruelle pour notre blockbuster des années 90. Là où Alerte ! joue la carte du spectacle et résout une pandémie mondiale avec une course-poursuite en hélicoptère, Contagion frappe par son réalisme clinique glaçant, dépeignant avec une précision quasi prophétique le traçage et la distanciation sociale. Si Contagion est le dossier scientifique effrayant de vérité, Alerte ! reste le film catastrophe "plaisir coupable" d'une époque où l'on pensait encore pouvoir arrêter un virus avec des missiles. Au final, Alerte ! demeure un divertissement de haute volée, une "capsule temporelle" mélangeant peur primale et spectacle hollywoodien. A voir ou à revoir, mais peut-être pas si vous avez un petit rhume...

Je sais que certains d'entre nous ont des doutes sur ce que nous allons faire. Nous ne serions pas des hommes si nous n'en avions pas, mais le sort de notre pays, peut-être du monde est entre nos mains. Nous ne pouvons pas, nous n'osons pas refuser ce fardeau.

Général Billy Ford interprété par Morgan Freeman | Alerte !

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