La reine du kitsch
20 août 2025Dis donc gros tas de réglisse, quand j'aurais besoin du pot de chambre, tu pourras sortir de dessous le lit !
Elvira interprétée par Cassandra Peterson | Elvira, Maîtresse des Ténèbres
Elvira, Maîtresse des Ténèbres de James Signorelli (1988).
Stray Dogs: Dog Days #1 de Trish Forstner et Tony Fleecs (Couverture bis).
Dans le comic book Stray Dogs: Dog Days #1 (Forstner et Fleecs • Image Comics) Tony Fleecs parodie l'affiche du film Elvira, Maîtresse des Ténèbres de James Signorelli sur la couverture de sa BD. Ici, Morgana Talbot alias Elivra interprétée par Cassandra Peterson est remplacée par Roxanne, Chastity Pariah campée par Edie McClurg devient Killer, et Algonquin alias Gonk incarné par le caniche Binnie mue en Henri.
Sorti en salles le 30 septembre 1988 aux Etats-Unis, Elvira, maîtresse des ténèbres (Elvira: Mistress of the Dark en VO) s'est rapidement imposé comme une comédie horrifique culte, aussi déjantée que sa célèbre héroïne. Tout commence avec Cassandra Peterson, alias Elvira, qui cartonne à la télévision américaine dans l'émission Movie Macabre où elle présente des films d'horreur avec un humour ravageur et une silhouette inoubliable. Forte de ce succès, Peterson souhaite porter son personnage au cinéma. NBC, après avoir songé à une sitcom, préfère finalement miser sur un long-métrage, espérant surfer sur la vague du succès télévisuel. Le scénario est coécrit par Peterson elle-même, John Paragon (complice de la première heure, rencontré dans la troupe The Groundlings) et Sam Egan, un scénariste aguerri de la télévision.
Elvira (Cassandra Peterson), vedette sulfureuse d'un show télé d'horreur, hérite d'un manoir hanté au fin fond de l'Angleterre. Son arrivée bouleverse la vie morne des habitants du village.
AlloCiné | Elvira, Maîtresse des Ténèbres
Pour la réalisation, le choix se porte sur James Signorelli, surtout connu pour ses parodies publicitaires sur Saturday Night Live. Si Tim Burton était le premier choix de Peterson, il était déjà pris par Beetlejuice. Signorelli, peu expérimenté au cinéma, mais expert en humour visuel, apporte une touche télévisuelle assumée à l'ensemble. La mise en scène joue la carte du camp à fond: décors kitsch, effets spéciaux artisanaux, mais pleins de charme, gags visuels à la pelle. La photographie de Hanania Baer accentue le contraste entre l'univers sombre d'Elvira et la ville pastel de Fallwell. La direction d'acteurs mise tout sur le second degré : tout le monde en fait des caisses, mais c'est justement ce qui fonctionne, chacun semblant s'amuser autant que le spectateur.
Côté casting, Cassandra Peterson s'impose évidemment dans son propre rôle. A ses côtés, Daniel Greene incarne Bob Redding, le -beau gosse- un peu naïf, choisi pour son mélange de charme et d'innocence. Anecdote savoureuse: Brad Pitt a failli décrocher le rôle, mais il était jugé trop beau pour que l'héroïne ne lui résiste ! W. Morgan Sheppard campe le méchant oncle Vincent Talbot, tandis qu'Edie McClurg et Susan Kellermann excellent dans les rôles de commères puritaines.
Le tournage s'est déroulé en huit semaines, entre janvier et mars 1988, avec quelques galères notoires: le chien Binnie (Algonquin à l'écran) était un vrai cauchemar, ne supportant que son dresseur et mordant même un acteur au passage ! Les perruques d'Elvira, conçues d'habitude par Robert Redding (décédé peu avant le tournage), n'ont jamais satisfait Peterson, qui l'a souvent fait savoir sur le plateau. La célèbre voiture Macabre Mobile, une Thunderbird 1958, a coûté une petite fortune en modifications et n'a jamais vraiment bien roulé, au grand dam de Peterson.
A sa sortie, le film reçoit un accueil mitigé: certains saluent l'énergie de Cassandra Peterson et le ton irrévérencieux, d'autres trouvent l'humour un peu trop lourd et/ou répétitif. La presse de l'époque, comme le New York Times, parle de "quelques moments frais et drôles", mais regrette le manque de renouvellement des gags.
Côté box-office, c'est la douche froide: le distributeur fait faillite la veille de la sortie, réduisant drastiquement le nombre de salles. Résultat, un échec commercial. Au fil des années, le film s'impose comme une référence du genre, adoré des fans pour son humour, son féminisme décalé et son esthétique unique. Elvira devient une icône pop, inspirant des générations de drag queens, cosplayeurs et amateurs de cinéma bis.
Elvira, Maîtresse des Ténèbres n'est pas un chef-d'œuvre du 7e art, mais c'est un concentré de fun, d'autodérision et de subversion. Derrière ses blagues graveleuses et ses décors carton-pâte, il y a une vraie tendresse pour le cinéma d'horreur et un message d'émancipation féminine, le tout porté par une héroïne inoubliable. Aujourd'hui encore, Elvira continue de régner sur le panthéon du kitsch avec une insolence jubilatoire.
##002808##Dis donc, gros tas de réglisse, quand j'aurai besoin du pot de chambre, tu pourras sortir de dessous le lit !
Elvira interprétée par Cassandra Peterson | Elvira, Maîtresse des Ténèbres