Tu veux voir ce que je t'ai apporté ? C'est un geai moqueur, tant que tu le gardes sur toi, rien de mal ne pourra t'arriver, je te le promets !

Katniss Everdeen interprétée par Jennifer Lawrence | Hunger Games

Hunger Games de Gary Ross (2012).
Hunger Games de Gary Ross (2012).

Hunger Games selon Greg Horn. Hunger Games selon Greg Horn.
Avengers Arena #3 de Walker et Hopeless (Couverture de Greg Horn).

Dans le comic book Avengers Arena #3 - "Earth Girls Aren't Easy" (Walker et Hopeless • Marvel) le cover artist Greg Horn pastiche l'affiche du film Hunger Games de Gary Ross sur la couverture de la BD. Ici, la broche en geai moqueur est remplacée par le logo des Avengers.

 

"Puisse le sort vous être favorable !" Si cette phrase vous dit quelque chose, c'est que vous n'avez pas échappé au raz de marée Hunger Games. Sorti dans les salles le 23 mars 2012, le premier film de la saga, réalisé par Gary Ross, n'était pas juste une adaptation de plus d'un best-seller pour jeunes adultes. C'était le début d'un phénomène culturel qui allait marquer toute une génération. Alors, plus de dix ans après, que reste-t-il de ce premier opus ? Accrochez-vous, on retourne dans l'arène.

Avant d'être un film, Hunger Games est un roman de Suzanne Collins qui a retourné les librairies du monde entier. Le projet d'adaptation était donc un pari à la fois énorme et risqué pour le Studio Lionsgate. Comment retranscrire à l'écran cette histoire sombre, violente, qui parle de totalitarisme, de lutte des classes et de télé-réalité poussée à son paroxysme mortel, sans pour autant tomber dans le gore ou trahir l'esprit du livre ?

La clé a été l'implication de l'autrice elle-même. Suzanne Collins a coécrit le scénario avec le réalisateur Gary Ross et le scénariste Billy Ray. Cette collaboration a permis de conserver l'essence de l'œuvre. Le défi principal était de traduire la narration à la première personne du livre. Dans le roman, on est constamment dans la tête de Katniss. Le film, lui, a dû trouver des astuces visuelles pour montrer ce qu'elle pense, mais il s'est aussi offert la liberté d'élargir le point de vue, notamment en nous montrant les coulisses des Jeux avec le Haut Juge Seneca Crane. Un ajout malin qui donne de la profondeur à l'univers de Panem.

Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l'Amérique du Nord, le Capitole, l'impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille - les "Tributs" - concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s'être rebellée et stratégie d'intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s'affronter jusqu'à la mort. L'unique survivant est déclaré vainqueur.
La jeune Katniss (Jennifer Lawrence), 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur (Willow Shields) dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy (Woody Harrelson), qui gagna les Hunger Games il y a des années, mais n'est plus désormais qu'une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l'arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l'amour...

AlloCiné | Hunger Games

Le choix de Gary Ross à la réalisation a pu surprendre. On le connaissait plus pour des drames comme Pleasantville ou Pur Sang, la légende de Seabiscuit que pour des blockbusters d'action. C'était pourtant un coup de génie. Ross a su privilégier le développement des personnages et la tension psychologique à l'action pure et dure, donnant au film une gravité et un réalisme rares pour ce genre de production.

Et que dire du casting ? Jennifer Lawrence est Katniss Everdeen. A l'époque, elle n'était pas encore la superstar mondiale que l'on connaît, mais son Oscar pour Winter's Bone avait déjà prouvé son immense talent. Elle incarne à la perfection la force tranquille, la vulnérabilité et la détermination de l'héroïne. Suzanne Collins elle-même a déclaré qu'elle avait su capturer le personnage dès la première seconde de son audition. Le duo masculin, Josh Hutcherson (Peeta) et Liam Hemsworth (Gale), complète parfaitement le triangle amoureux, chacun apportant la nuance nécessaire à son personnage. Mais la vraie richesse vient des seconds rôles: Woody Harrelson en Haymitch, le mentor alcoolique et traumatisé; Stanley Tucci, absolument génial en Caesar Flickerman, présentateur télé; ou encore Donald Sutherland, qui donne une aura glaciale et menaçante au Président Snow.

Visuellement, le film est scindé en deux. D'un côté, le District 12, filmé caméra à l'épaule, avec des couleurs désaturées, presque documentaires. Cette technique nous plonge dans la pauvreté et l'oppression du quotidien de Katniss. C'est brut, c'est gris, c'est tangible. De l'autre, le Capitole. Dès que Katniss et Peeta y arrivent, la caméra se stabilise, les couleurs explosent, les costumes deviennent extravagants. Le style devient lisse, presque artificiel, soulignant la superficialité et la décadence de cette élite qui se nourrit du spectacle de la mort. Cette opposition visuelle est l'une des plus grandes réussites du film.

Dans l'arène, la fameuse "shaky cam" (caméra tremblante) fait son retour, notamment pendant les scènes de combat. Si elle a pu en irriter certains, elle traduit brillamment la panique, le chaos et la violence de la situation, tout en permettant de suggérer l'horreur sans la montrer frontalement, pour ne pas heurter le jeune public.

La bande originale a été confiée au grand James Newton Howard. Sa partition n'est pas tonitruante; elle est souvent discrète, mélancolique, et accompagne magnifiquement la tension et l'émotion des personnages. Le thème le plus mémorable reste sans doute la simple mélodie de quatre notes, le "chant du Geai Moqueur", qui deviendra l'hymne de la rébellion. A côté de cela, une bande originale de chansons a été produite, avec des artistes comme Taylor Swift ou Arcade Fire, ancrant encore plus le film dans son époque.

A sa sortie, Hunger Games a reçu un accueil critique majoritairement positif, saluant son intelligence, sa noirceur et la performance de son actrice principale. Le public, lui, a répondu présent en masse, propulsant le film au sommet du box-office mondial. Mais au-delà des chiffres, l'influence de Hunger Games est indéniable. Il a redéfini les attentes pour les films "Young Adult", prouvant qu'ils pouvaient être sombres, politiques et portés par une héroïne forte sans sacrifier le succès commercial. Il a fait de Jennifer Lawrence une des plus grandes stars de la planète. Plus important encore, son message a dépassé la fiction. Le salut à trois doigts est devenu un véritable symbole de protestation contre l'oppression dans plusieurs pays, notamment en Thaïlande.

Aujourd'hui, Hunger Games reste une œuvre puissante et pertinente. C'est un blockbuster qui a une âme, une critique acerbe de notre société du spectacle et une histoire de survie qui, finalement, parle d'humanité. Le sort lui a été plus que favorable !

Acceptez la possibilité de votre mort imminente. Et comprenez au plus profond de vous que je ne pourrais rien faire pour vous sauver.

Haymitch Abernathy interprété par Woody Harrelson | Hunger Games

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